18/06/2020

Clara Manonviller

4 min.

Bons baisers de... chez nous ?

Annulations d’événements en chaîne, fermeture des musées, restaurants et hôtels, voyages à l’étranger interdits... Depuis le mois de mars, les vacances d’été sont devenues un sujet épineux pour les professionnels du tourisme et les consommateurs de nos deux pays.

Comment le tourisme a-t-il été impacté par la pandémie, et comment va-t-il évoluer ?

Covid-19, ou le retour du tourisme vers les régions ?

« Cette saison estivale ne sera pas comme les autres », annonçait fin avril le secrétaire d’Etat chargé du tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, c’est là un euphémisme. Le tourisme, qui rapporte chaque année 170 milliards d’euro à la France, va perdre au moins 40 milliards d’euros, soit un quart de ses revenus, à cause du COVID-19. C’est pire en Russie, où les pertes représentent la moitié des revenus annuels du secteur (1,5 trillion de roubles).

Nos gouvernements respectifs ont pris des mesures de sauvetage du secteur touristique. 18 milliards d’euros ont été débloqués par le gouvernement français pour accompagner la reprise et la relance d’un des « fleurons de l’économie française » (Edouard Philippe). En France et en Russie des réglementations modifiant les conditions de remboursement de séjours touristiques, billets d’avions et réservations d’hôtel ont été adoptées. En Russie, les contributions des tour-opérateurs au fond de responsabilité civile pro-

The Conversation, 28/04/2020, Y-M. Evanno & J. Vincent

-fessionnelle ont été réduites et leur versement reporté. Une indemnisation de 3,5 milliards de roubles sera également allouée aux tour-opérateurs ayant dû organiser le rapatriement de leurs clients vers leur pays d’origine. Malgré la reprise progressive de l’activité, pas moins de deux années seront nécessaires pour retrouver les niveaux d’avant la crise.

Pour autant, la pandémie ne signe pas l’arrêt de mort du tourisme en France et en Russie, mais ouvre la voie vers de nouvelles pratiques. En jetant la lumière sur les dangers de l’hypermobilité, la crise du Covid-19 nous invite à réfléchir sur nos modes de (sur)consommation, et notamment sur notre recours excessif à l’avion, qui va de pair avec le tourisme de masse. Il est désormais de notoriété publique que l’avion est le moyen de transport le plus polluant, et la compensation carbone, dont les compagnies aériennes sont de plus en plus adeptes, ne suffira pas à endiguer le changement climatique. Les effets destructeurs du tourisme de masse sont eux aussi bien connus : bétonisation des littoraux, surconsommation d’eau et dégradation des milieux naturels, pour ne citer qu’eux. Il est donc primordial de modifier nos pratiques touristiques.

Une solution : le local

Alors que les voyages hors et au sein de l’UE restent limités, le tourisme national est à l’honneur. Dans nos deux pays, les agences de voyages orientent donc leur offre vers des circuits « Made in France/Russia ». Il s’agit de mettre à profit la diversité de nos paysages respectifs pour approfondir la popularité de nos produits touristiques traditionnels et en développer de nouveaux. En dehors des plages de la Côte d’Azur et de la mer Noire qui attirent toujours près de la moitié des estivants, les professionnels du tourisme élaborent des circuits vers des destinations alternatives : d’une part la Sibérie et l’Extrême-Orient, avec l’Altaï, le lac Baïkal et la Khakassie ; d’autre part les campagnes françaises, dont beaucoup ont redécouvert les charmes à la faveur du confinement. Ainsi, Atout France et le syndicat professionnel des Entreprises du Voyage ont lancé une campagne de promotion du tourisme vers les régions françaises baptisée « Cet été, je visite la France ». L’initiative lancée en Russie sera doublée de subventions permettant aux tour-opérateurs de vendre leurs circuits à des prix plus démocratiques. En effet, le tourisme vers ces destinations est d’ordinaire assez peu prisé des Russes en raison de son coût prohibitif (un aller-retour Moscou-Oulan Oude coûte en moyenne 20 000 roubles, environ 250 euros). La France possède l’avantage d’être un petit territoire, où le recours à l’avion est rarement impératif. Il en va tout autrement en Russie, où l’immensité du territoire compromet l’usage du train pour des déplacements brefs. Cela-dit, la proportion de Russes utilisant l’avion pour se rendre sur leur lieu de vacances devrait être très faible, 61% prévoyant de rester en ville, et 31% souhaitant se rendre dans leur datcha (maison de campagne).

Un danger : la folklorisation des régions

Attention cependant à ne pas figer les régions dans des décors de carte postale au profit de leur valorisation touristique. Le tourisme rural offre certes une source de revenus non-négligeables pour les habitants. Mais si cet engouement pour la campagne continue de croître, les villages les plus populaires, qui attirent jusqu’à 500 000 visiteurs par an, seront confrontés, aux mêmes problèmes que les spots du tourisme de masse.

Giverny, sélectionnée pour l’édition 2020 du concours « Village préféré des Français »

28.04.2017, France 3 Normandie, Frédéric Lafond

La pandémie constitue une formidable opportunité de changement de notre système. L’enjeu de l’été 2020 sera donc de réinventer notre rapport aux vacances en redécouvrant la variété des patrimoines naturel et culturel de notre propre pays dans une optique de réduction de notre empreinte carbone.

Et si la Corrèze et les datchas redevenaient les places to be pour un été réussi ?

#6. Covid-19, une épidémie de fake news.

Clara Manonviller

#7. Bons baisers de... chez nous ?

Trésorière du JBC

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

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