30/04/2020

Cédric Klimcik 

4 min.

Un nouveau désordre mondial

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » - Jean Monnet. Le scénario se répète souvent, les solutions évoluent et la réflexion demeure : et le monde d’après ? La crise du Covid-19 est mondiale et met en lumière un nouveau désordre : une course aux masques, aux tests et au coupable, mais que trop rarement aux solutions collectives.

Va-t-on pouvoir changer ?

Le monde d’après ? Quel est le monde d’aujourd’hui ? La « guerre » du Covid-19 est censée devoir changer nos paradigmes sur le long-terme sans pour autant avoir clairement défini au préalable la situation dans laquelle nous vivons actuellement.

Le monde s’est arrêté… ou presque. L’ensemble des professions essentielles sont mobilisées pour que le monde puisse continuer de vivre. Les citoyens sortent sur le balcon et applaudissent, se retrouvent, vivent. Certains ont recommencé à prendre le métro et prennent même du plaisir à respirer un air pollué, à être dehors. D’autres sortent dans la rue à Washington ou Vladikavkaz, se révoltent et ne comprennent pas pourquoi ils doivent se confiner. Enfin, les plus fragiles ont perdu leur emploi et doivent lutter pour se nourrir.

A-t-il fallu attendre le Covid-19 pour se rendre compte que le monde respirait mal, que les pauvres restaient pauvres et que les professions essentielles étaient réellement essentielles ? A chaque crise, la dernière en date dont la jeune génération se souvient, celle de 2008, les images de faillite, de chômage, de queues aux Restos du cœur, de parents inquiets ont pu impacter une génération. Le Covid-19 est différent : il tue.

Vladikavkaz, 20.04.20, Ria Novosti, Elina Sugarova

Et il tue partout. En Europe, en Asie, en Amérique et bientôt en Afrique sans que l’on puisse réagir. L’OMS a alerté certes, mais que vaut la voix de l’OMS lorsque les plus grands Etats ne l’écoutent pas ? Sauver l’économie ou sauver des vies ? S’endetter ou déconfiner ? Jusqu’à quel stade attendre ? Jusqu’à quel stade être solidaire ? Jusqu’à quel stade ne faire confiance qu’en soi-même ?

Toutes ces questions, les gouvernements se les posent tous les jours. Les blâmer ? Nous sommes presque tous en position de le faire. Proposer des solutions, peu en ont la capacité surtout lorsque chaque erreur coûte cher. Les Etats s’isolent, ferment leurs frontières et protègent les leurs. Le G20, l’UE, l’ONU se sont réunis. Les discours ont fusé, les propositions de fonds communs également et l’avion Antonov-225 parcoure les aéroports de la planète avec des tonnes de cargaisons médicales. « La solidarité ».

Pourtant, nous n’avons jamais semblé aussi seuls. Seuls avec nos pénuries malgré les livraisons, avec nos personnels soignants à bout de souffle malgré les transferts de patients, avec nos entreprises qui font faillite malgré les subventions, seuls avec notre pessimisme pour l’avenir. 

Le vieux remède de la solidarité intra et internationale est semble-t-il le keyword sur lequel tout le monde souhaite buzzer. Mais que pouvons-nous changer pour réellement l’actionner ?

Le 24 avril 2020, le président Emmanuel Macron adressait une lettre à son homologue arménien Armen Sarkissian en mémoire du génocide de 1915. Il la concluait en ces mots : « Je sais que la France et l’Arménie œuvrent de concert dans les enceintes internationales en faveur d’un multilatéralisme plus efficace et de solidarités nouvelles. ». Renouveler ces solidarités, oui mais comment ?

Les Européens s’essayent à la solidarité en ce temps de crise sanitaire comme ils l’ont fait en 2008 en y répondant économiquement : 540 milliards d’euros, une politique accommodante de la BCE et un probable fonds de reconstruction dans le futur cadre pluriannuel 2021-2027. Néanmoins, concernant la mutualisation des dettes revendiquée par les "Etats du Sud" de l’Europe, la réticence liée aux intérêts nationaux s’impose.

Les zones économiques régionales ne sont donc pas optimales mais visent un renforcement de politiques communes répondant à des intérêts communs. La construction d’intérêts communs repose sur une confiance entre les parties, confiance bâtie sur le respect et la connaissance de l’autre.

La jeunesse doit être le canal privilégié pour construire cette confiance. 20 ans après la Seconde guerre mondiale, les Français et les Allemands ont créé l’OFAJ en 1963 visant à renforcer la connaissance mutuelle des jeunes Français et jeunes Allemands afin d’assurer la paix dans un premier temps, puis favoriser une prospérité commune dans un deuxième temps. Erasmus, la plateforme d’échange d’étudiants et stagiaires à travers l’Europe est devenue ensuite la principale réussite de l’Union "politique" renforçant un esprit de cohésion et de confiance entre les jeunesses et peuples européens.

Donnons donc les clés aux jeunes !

La crise du Covid-19 doit être une chance de relancer un plan de paix pour l’Europe. Relancer un dialogue avec le grand-Est européen, avec la Russie notamment. Nous partageons un destin commun et le JBC compte favoriser ce rapprochement des jeunesses de notre continent permettant à ce dernier de se renforcer et faire face aux défis de demain, le climat, les inégalités et l’éducation, ensemble.

Erasmus+, Octobre 2017, Infographie IDIX

Sciences Po, X et HEC ont organisé du 10 au 12 avril un Hackathon « Covid-19 » laissant la place aux jeunes pour proposer. Pourquoi se restreindre à nos frontières et ne pas envisager ce format dans une dimension européenne au sens large incluant les étudiants des meilleures universités hors-UE ?

 

C’est en mobilisant les jeunesses, en les faisant réfléchir, correspondre que l’on pourra changer.

ARTICLE PRÉCÉDENT

Cédric Klimcik

Président du JBC

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

#1. Un nouveau désordre mondial.

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#2. Le secteur aérien a du plomb dans l'aile.

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